Dans un article récent sur le marché du travail canadien en 2021 sur le site Indeed Hiring Lab, l'économiste Brendon Bernard écrit que le marché de l’emploi a rebondi plus rapidement pour les Canadiens après la pandémie que celui de leurs voisins américains.

Même si les deux pays ont connu de fortes baisses initiales de l'emploi, les conditions à la fin de 2021 étaient plus proches des niveaux pré-pandémiques au Canada qu'aux États-Unis.

Examinons plus en profondeur les similitudes et les différences du marché du travail des deux côtés de la frontière depuis le début de la pandémie, et ce à quoi nous pouvons nous attendre à l'avenir.

Les industries les plus rémunératrices du Canada ont permis une reprise plus rapide

Depuis le début de la pandémie jusqu'en novembre 2021, les emplois dans les secteurs à rémunération élevée, tels que les services techniques, les finances et la construction, se sont relativement bien portés au Canada (en hausse de 3,3 % par rapport à leur niveau d'avant la pandémie), tandis que l'administration publique, les mines et l'exploitation forestière sont à la traîne aux États-Unis (contribuant à une baisse de 1,7 %, avant les récentes révisions).

De même, les secteurs à revenus moyens tels que les services d'enseignement, les soins de santé et l'assistance sociale sont mieux lotis au Canada (0,3 % de croissance contre -1,9 % aux États-Unis). En revanche, les États-Unis ont le dessus dans des secteurs comme les loisirs et l'hôtellerie, y compris l'hébergement, la restauration, les arts, le divertissement et les loisirs. Cet écart pourrait être dû à l'assouplissement plus hâtifs des restrictions en matière de santé publique dans certaines parties des États-Unis.

Il n'existe pas d'explication définitive quant à la raison pour laquelle les secteurs à salaires moyens et élevés ont mieux rebondi au Canada. Parmi les hypothèses, on peut citer le fait que la Subvention salariale d'urgence au Canada a aidé sa population et que les tendances migratoires pourraient stimuler certaines industries au Canada. Toutefois, il convient de noter que même si certains secteurs s'en sortent mieux au Canada, la croissance réelle du PIB est plus forte aux États-Unis. Bien que la pandémie ait été nettement plus sévère au sud de la frontière, la plupart de leurs secteurs directement touchés ont mieux résisté.

Des personnes de différents groupes d'âge et niveaux d'éducation ont eu des taux d'emploi variables tout au long de la pandémie

La reprise plus rapide du marché du travail canadien est visible dans de nombreux groupes démographiques. Les parents âgés de 25 à 54 ans, avec ou sans enfants de moins de 13 ans, sont mieux lotis au Canada, tandis que les mères de jeunes enfants ont du mal à s'en sortir aux États-Unis. En effet, en novembre, le taux d'emploi de ce groupe diminuait plus que les autres. La différence d'accès aux services de garde d'enfants pendant la pandémie pourraient être un facteur contribuant à cet écart.

Au Canada, les personnes de différents niveaux d'éducation se sont tournées vers des types d'emplois mieux rémunérés (en novembre 2021, 21 % des travailleurs de 25 à 54 ans ayant un diplôme d'études secondaires ou moins occupaient des emplois mieux rémunérés, contre 18,7 % en 2019). Des changements similaires, mais moins importants, se sont également produits chez les diplômés de l'université et d'autres établissements d'enseignement postsecondaire. Ces changements semblent avoir favorisé le rythme auquel le marché du travail canadien s'est redressé. Par conséquent, il semble que certains employeurs embauchent maintenant des candidats qu'ils auraient autrement ignorés, ce qui peut conduire à davantage d'opportunités de croissance, mais pourrait aussi soulever de nouveaux défis potentiels si les nouvelles recrues ont besoin d'une plus grande formation en cours d'emploi.

Changements d’emploi, salaires et travail autonome

En décembre dernier, les offres d'emploi publiées sur Indeed des deux côtés de la frontière étaient en hausse d'environ 60 % par rapport aux niveaux pré-pandémiques. Malgré cette similitude entre les deux pays, les salaires ont augmenté de manière nettement plus importante aux États-Unis, notamment dans les secteurs des loisirs et de l'hôtellerie. Un changement corrélé, quoique plus significatif aux États-Unis, est l'augmentation de la recherche de nouveaux emplois. Ce phénomène se produit dans la plupart des industries, mais les taux d’abandon d’emploi sont particulièrement élevés dans plusieurs secteurs à bas salaires.

L'augmentation des taux de changement d'emploi et l'augmentation des salaires aux États-Unis semblent être étroitement liées. L'augmentation des taux de démission pourrait pousser les employeurs à augmenter les salaires afin de conserver le personnel existant, tandis que l'augmentation des salaires pourrait inciter les travailleurs à changer de profession pour obtenir de meilleurs salaires. Un autre facteur qui entre en jeu est la fréquence accrue des employeurs américains à offrir des avantages tels que des primes à la signature.

En ce qui concerne le travail indépendant, il a diminué au Canada. Cela reflète probablement le désir des travailleurs de trouver des emplois traditionnels plus nombreux. En revanche, aux États-Unis, les niveaux de travail indépendant sont supérieurs à ceux d'avant la pandémie.

Tendances pour l'année à venir

En conclusion, certaines dimensions du marché du travail canadien se portent mieux qu’aux États-Unis. Il est important de garder à l'esprit que de nouvelles vagues de COVID-19 peuvent inverser, du moins temporairement, certains des progrès réalisés, comme le démontrent les chiffres de l'emploi au Canada en janvier dernier. Les principaux thèmes à surveiller à l’avenir tournent autour de la façon dont les employeurs et les travailleurs réagissent à l'augmentation du marché des demandeurs d'emploi.

Le Canada suivra-t-il l'exemple des États-Unis concernant les tendances telles que la croissance des salaires et la recherche d'emploi? Ces évolutions seront déterminantes, d'autant que l'inflation continue de peser un poids lourd sur le budget des ménages.