Comme l'a écrit récemment l'économiste Brendon Bernard, les chercheurs d'emploi canadiens manifestent moins d'intérêt pour certaines professions*, ce qui a des répercussions sur l'économie canadienne. Brendon suit l'évolution de l'intérêt des chercheurs d’emploi dans différents domaines en comparant l'évolution du nombre de clics par offre d'emploi sur Indeed par rapport à la moyenne de l'économie. 

Qu'est-ce que l'intérêt relatif et où a-t-il le plus changé?

L'intérêt relatif, c'est-à-dire l'intérêt relatif des chercheurs d'emploi par annonce sur Indeed, donne une idée de l'intérêt des chercheurs d'emploi par rapport au type d'offre d'emploi sur Indeed. Plus un poste reçoit de clics, plus l'employeur dispose de candidats pour potentiellement remplir le poste.

Comme cet intérêt est mesuré par rapport au nombre total d'offres d'emploi, il peut changer si plus ou moins d'offres d'emploi sont publiées. En d'autres termes, si la demande des employeurs augmente dans un certain domaine plus rapidement que dans le reste de l'économie, mais que sa part de clics ne change pas, l'intérêt relatif diminuera. 

Jusqu'au début novembre 2021, l'intérêt relatif des chercheurs d'emploi sur Indeed a considérablement diminué dans six domaines moins bien rémunérés et dont le travail s’effectue en personne. Dans la plupart des cas, ce changement est dû à la fois à la part totale des clics des chercheurs d'emploi allant vers ces domaines et à l'augmentation démesurée de la demande des employeurs. D'autre part, nos données indiquent qu'une variété de domaines à rémunération moyenne et élevée ont gagné en popularité relative parmi les chercheurs d'emploi.

Les secteurs les plus touchés

Les trois secteurs qui ont connu une baisse particulièrement importante de l'intérêt relatif des chercheurs d'emploi sont le chargement et le stockage, le nettoyage et l'assainissement et la construction. Cela reflète en partie la forte demande des employeurs : après avoir chuté au début de la pandémie, les offres d'emploi et l'appétit de recrutement dans ces domaines ont rebondi rapidement. En revanche, la part des clics des chercheurs d'emploi canadiens dans ces domaines a diminué alors que les offres d'emploi ont augmenté. En septembre 2020 et après correction des facteurs saisonniers, l'intérêt relatif était en baisse de 30 % ou plus par rapport aux niveaux d'avant la pandémie.

D'autres groupes professionnels connaissent également une diminution du nombre de clics par affichage, mais à une échelle moindre. Le service à la clientèle a connu une baisse graduelle de l'intérêt relatif, mais ce domaine recevait toujours plus de clics que l'annonce d'emploi canadienne moyenne. Dans l'ensemble, ce domaine a connu une baisse de 10 % de l'intérêt relatif des chercheurs d'emploi en novembre 2021, tandis que l'intérêt pour le commerce de détail et les services de préparation des aliments a diminué de 15 et 22 % respectivement. 

Par rapport à la moyenne de l'économie, les domaines à rémunération moyenne et élevée ont connu une augmentation relative du nombre de clics par annonce. Les domaines où l'intérêt relatif a le plus augmenté étaient l'éducation, la thérapie, les opérations informatiques et le service d'assistance. En novembre 2021, l'intérêt relatif pour les offres dans ces domaines a bondi d'au moins 37 % depuis le début de la pandémie.

Impacts de l'évolution de l'intérêt des chercheurs d'emploi

Deux tendances semblent se dégager des offres d'emploi qui ont suscité un moindre intérêt relatif de la part des chercheurs d'emploi. Premièrement, les domaines concernés offrent généralement des salaires plus bas. À l'exception de la construction, le salaire moyen pour ces emplois se situe dans le tiers inférieur de tous les groupes professionnels canadiens. Deuxièmement, le travail en personne est requis pour la plupart des postes. 

Plusieurs facteurs peuvent expliquer la baisse de popularité de ces domaines. Par exemple, les risques liés au COVID-19 augmentaient probablement la réticence à travailler sur place, ce qui contribue à expliquer la hausse de la popularité relative des professions adaptées au travail à distance. 

De plus, l'élargissement des prestations de chômage et l'augmentation de l'épargne des ménages pourraient avoir rendu certaines personnes moins enclines à sauter sur des opportunités d’emploi moins rémunératrices. Cela dit, la fin de la prestation canadienne de la relance économique (PCRE) en octobre 2021 n'a pas immédiatement stimulé l'intérêt relatif des chercheurs d'emploi en novembre. Il est possible qu'il ne s'était soit pas écoulé suffisamment de temps pour que les effets souhaités se produisent, surtout lorsque de nouvelles vagues de COVID-19 restaient une source constante d'incertitude. Néanmoins, si la situation actuelle persiste, certains employeurs pourraient devoir commencer à envisager les ajustements qu'ils devront faire pour attirer plus de chercheurs d'emploi.

Une augmentation des salaires aurait-elle un impact sur l'intérêt des chercheurs d'emploi?

Augmenter les salaires dans les domaines où l'intérêt relatif des chercheurs d'emploi a diminué est une solution potentielle pour attirer les candidats. Selon l'Enquête sur les postes vacants et les salaires de Statistique Canada, les salaires offerts jusqu'au troisième trimestre de 2021 ont augmenté de la même façon que le reste de l'économie pour les caissiers, les ouvriers de la construction, les travailleurs en restauration et les vendeurs au détail. Dans le même ordre d’idées, une augmentation plus importante a été observée pour les nettoyeurs et les travailleurs de l'industrie et de la construction. À l'inverse, les salaires des chefs, des cuisiniers, des représentants au service à la clientèle et des magasiniers ont été inférieurs à la moyenne de l'économie. Si les changements dans l'équilibre entre l'appétit d'embauche des employeurs et l'intérêt des chercheurs d'emploi depuis le début de la pandémie persistent, les employeurs devront se demander si des changements de rémunération seront nécessaires pour attirer davantage de travailleurs.